Les origines de St-Georges de la Couée

Les premières traces écrites citant un vicus (agglomération) sur l’actuelle commune de St-Georges-de-la-Couée remontent au IVème siècle. Un document relate que le 4ème évêque du Mans, St Liboire (348 – 397), consacra une église à la villa Sabonarias, probablement construite à l’emplacement de l’actuelle chapelle St-Fraimbault dans la vallée des Gabronnes. Cette église était probablement paroissiale car elle était taxée d’une livre de cire et de deux livres d’huile par an, à verser au profit de la cathédrale du Mans.

Sabonarias vient du latin sapo (savon) et signifie « lieux où l’on fabrique le savon » (traduit en français par Savonnières). On retrouve ce nom dans les textes anciens sous la forme de Sabonarensae en 616, Savonerolas ou Savonariis au IXème siècle. Gabronnes vient du breton ancien gabr et du celte gabras qui veut dire « chèvre ». Ce vallon accueillait donc des troupeaux de chèvres dont le suif servait à la fabrication du savon, une invention des Celtes. Pour la fabrication de ce savon, il fallait de l’eau, de la graisse animale et du bois, en particulier du hêtre. Le savon à cette époque ne servait pas pour se laver, mais on s’en enduisait les cheveux comme une sorte de gel.

La villa Sabonarias devait donc très probablement être située sur le ruisseau de la Gabronne (ou Savonnière) et composée des bâtiments d’une savonnerie, des logements des ouvriers, des fermes d’élevage des chèvres et d’exploitations forestières.

En 616, St Bertrand, évêque du Mans, lègue la terre de la villa Sabonarias aux moines de l’abbayes des St-Pierre et St-Paul du Mans. Si de la villa initiale il ne reste plus grand chose, les terres ont continué à être exploitées. Elles sont maintenant largement occupées par des vignes plantées par l’évêché et le métier de vigneron s’est installé durablement. On trouve également une mansion, sorte d’auberge et d’abri pour les voyageurs, des champs cultivés, des troupeaux et au moins trois moulins sur l’Etangsort et dans la vallée des Gaberonnes.

Atiglibert, évêque du Mans de 670 à 705, donne à l’Abbaye de St Calais créée par les Cénobites, une partie des terres de « Sabonarias sise dans le Labricin », comme il est dit dans les textes anciens, le Labricin étant une petite contrée dont faisait partie la villa et qui avait pour ville principale Lavardin près de Montoire. L’évêché du Mans garde les terres « nobles », les vignes surtout, et laisse aux moines la partie correspondant à l’antique villa située au hameau actuel de St-Fraimbault.

Arrive alors à la villa Sabonarias un ermite, St-Siviard, abbé de l’abbaye de St-Calais, qui voulut se retirer loin du monde pour méditer et prier. St-Siviard, que nous trouvons aussi au gré des textes anciens sous la forme Siviard, Senardus, Siviardus, Cyviard, Senardius ou Senard, fait relever les bâtiments ruinés sur les bords du ruisseau et édifie des cellules rudimentaires, prés de l’église consacrée par St-Liboire au IVè siècle. Ce petit monastère, lieu de retraite et de prière que fréquentèrent autant les moines de St-Calais que ceux de passage, attira de nombreux voyageurs et pèlerins et la villa Sabonarias repris peu à peu vie. St-Siviard sera enterré sur place en 681.

En 770, l’abbé Rabigaut de St Calais fait construire la chapelle St-Siviard sur un terrain qu’il achète à l’évêque du Mans Mérole. Mais les moines de St-Calais ne sont pas pour autant propriétaires du monastère de St-Siviard, des terres et des métairies alentour. L’abbé Rabigaut réalise alors un échange de certaines possessions de l’abbaye contre la villa Sabonarias. Dans l’acte d’échange, il est spécifié que l’abbaye de Saint-Calais entre en pleine possession de la villa Sabonarias dans le Labricin au pays Cénoman, que l’abbé Siviard a reconstruite et où il est enterré, avec tout ce qui touche au domaine : les terres, les maisons, les édifices, les habitants, les affranchis, les serviteurs, les esclaves, les possessions des hommes libres, les vignes, les forêts, les champs, les prés, les pâturages, les troupeaux et leurs bergers, les rivières et les cours d’eau. En outre, St-Calais a un droit de simple justice sur le domaine. Cet acte est confirmé et approuvé par Charlemagne dans un diplôme de 774.

Ainsi au VIII ème siècle, un véritable village existait sur les bords du ruisseau qui coule à Saint-Fraimbault et des exploitations agricoles cultivaient les terres et entretenaient des vignes. Mais ce village ne perdurera pas. Sous l’épiscopat de l’évêque du Mans Robert (857 – 883), l’ensemble de la contrée est ravagée plusieurs fois par les Normands et les Bretons. St-Siviard est détruit, ainsi que l’église paroissiale toute proche et l’ensemble des maisons, moulins et exploitations. Après une dernière invasion très violente des Normands au X ème siècle, avec à leur tête le prince Rollon de Norvège, la paix est conclu et par un traité de 912 et une partie du territoire est donnée à Rollon. Ces terres seront nommées « duché de Normandie » ou « duché des gens du Nord », dont une grande partie du Maine, située à l’est de la rivière Sarthe, fera partie.

La dernière référence connue à la villa Sabonarias date du IXème siècle. A cette époque, la villa fut scindée en plusieurs entités ou fiefs ; c’est le début du Moyen-Age.